Du 29 octobre au 1er novembre 2025, le Réseau de Communication sur le Pastoralisme (RECOPA) a tenu à Fada N’Gourma un atelier de débat informé sur l’agropastoralisme en Afrique de l’Ouest. Cette initiative s’inscrit dans la continuité des recommandations formulées par le Gouverneur de la région de l’Est lors de la dernière rencontre de l’Entente pour la Coopération Pastorale dans la Région de l’Est (ECOPARE), en décembre 2024.
L’objectif de la rencontre était de favoriser un dialogue constructif entre les acteurs clés de la filière sur les enjeux et défis du pastoralisme et du commerce du bétail dans la sous-région ouest-africaine, et plus particulièrement dans le contexte sahélien.
Pendant quatre jours, autorités administratives et coutumières, forces de défense et de sécurité, services techniques déconcentrés, collectivités territoriales, organisations de jeunes et de femmes ont échangé autour de plusieurs thématiques majeures : les systèmes de production animale, la mobilité du bétail, les impacts des changements climatiques, le foncier pastoral, les crises sécuritaires et sociétales, ainsi que la prévention et la gestion des crises pastorales.
Issouf DIALLO, Vice Président du Conseil d’Administration du RECOPA-Est
«Notre région, riche de potentialités agro-pastorales, traverse aujourd’hui des défis majeurs liés à la sécurité, à la mobilité du bétail et à la cohésion sociale. Cet atelier se veut un espace d’échanges constructifs entre acteurs de la filière, autorités locales et forces de défense et de sécurité, afin de renforcer la compréhension mutuelle et de promouvoir une gouvernance concertée des ressources naturelles et des marchés à bétail. Cette activité s’aligne avec les initiatives présidentielles telle que l’Offensive agropastorale et halieutique 2023-2025. C’est à la demande du gouverneur lors de la dernière session de ECOPARE en décembre 2024 de renforcer les capacités du COGES du marché de bétail que cet atelier est organisé. Ensemble, faisons de ce cadre de dialogue un instrument au service de la paix, de la cohésion sociale et du développement durable de notre région.»
Au terme des travaux, les participants ont exprimé leur grande satisfaction quant à la qualité des échanges et à la richesse du contenu. Ils ont salué l’initiative du RECOPA, qui contribue, selon eux, à renforcer la compréhension des enjeux du pastoralisme et à promouvoir une meilleure collaboration entre les différents acteurs de la filière bétail-viande.
Idrissa OUOBA, Président du COGES du marché à bétail, par ailleurs ministre de Sa Majesté Untamba, Roi du Gulmu.
«Cet atelier de débats informés sur l’agropastoralisme m’a beaucoup apporté. En venant ici, j’ignorais même le sens réel du pastoralisme et ses manifestations. Mais avec le brillant communicateur, il a su dérouler la formation, et cela m’a effectivement permis de comprendre ce qu’est le pastoralisme, qui n’est rien d’autre qu’un mode de production et de vie basé sur l’élevage du bétail. Parmi ses manifestations, je retiens que la mobilité est l’élément essentiel du pastoralisme. Et à travers cette mobilité, nous avons pu mieux comprendre les raisons qui la justifient, notamment les raisons de production, économiques, sécuritaires, politiques et de développement. Ce qui me revient également à l’esprit, c’est le système de production agricole, qui est similaire au système de production animale. À ce niveau, il existe trois systèmes : le système intensif, semi-intensif et extensif. Ce module m’a donc permis, en tout cas, d’éclaircir le sens du pastoralisme. Vous voyez, par exemple, il a évoqué le problème du terrorisme. Aujourd’hui, la mobilité rencontre des difficultés à cause de ce phénomène. Et sur ce point aussi, je crois que lorsqu’on comprend bien la mobilité, on comprend facilement pourquoi. Après le déroulement de ce module, j’estime qu’il y a eu pour moi un véritable renforcement de capacités. Il y a des choses que je ne connaissais pas. Je prends, par exemple, le jeu des neuf points. Vous voyez qu’à partir de là, j’ai compris que tout problème peut avoir une solution. Il suffit de sortir de son carré pour trouver la solution. Cela veut dire qu’une fois, dans l’exercice de mes fonctions au marché à bétail, face à un problème, je crois qu’avec les différents acteurs, nous allons nous concerter, sortir de notre carré de nos habitudes et trouver la solution. C’est donc très bénéfique. Ce jeu des neuf points est un enseignement qui résume tout ce que nous avons vu. Je pense que c’est vraiment ce qu’il fallait retenir.À l’endroit du RECOPA, je les remercie beaucoup, ainsi que les communicateurs, en particulier le communicateur principal de l’atelier, Monsieur Samba Djiby DIALLO, qui est vraiment à féliciter. Car pour qu’une personne puisse réveiller en toi l’instinct, pour te permettre de faire ressortir ce qui dormait en toi, il faut être quelqu’un de vraiment outillé. Le communicateur nous a permis, à nous tous, d’échanger librement. Il est à saluer. C’est tout ce que j’ai à dire. Merci beaucoup»
Madame Coulidiaty Hadiara Abdou, membre du COGES du marché à bétail et membre de la Délégation spéciale communale de Fada, affirme :
« Oui, vraiment, ce que j’ai appris, c’est surtout les droits des éleveurs et ce qu’on appelle la zone pastorale. Parce que pour nous, c’était comme les parcelles, alors que non : c’est vraiment le droit d’aller là où se trouvent les ressources naturelles. C’est leur droit d’aller vers les zones où il y a du fourrage, d’avoir accès aux ressources naturelles et aussi de participer à la gestion de ces ressources, qui peuvent être des sources de conflits.En plus de cela, nous avons vraiment compris ce que renferme la mobilité. Parfois, on nous dit que ce sont des nomades, alors que pour trouver des nomades, c’est au-delà de nos frontières. Ce sont aussi nos communautés, et on doit les prendre en compte.
Ici, je parle en tant que déléguée de la Délégation spéciale : il ne faut pas qu’on les oublie, parce qu’ils ont des points d’attache et ils font partie intégrante de nos communautés. Nous devons identifier leurs besoins.Donc, en tant que membre du COGES du marché à bétail et aussi de la Délégation spéciale, je dirais qu’il faut penser davantage au pastoralisme. Parce que, souvent, quand on parle, nous pensons plutôt aux infrastructures marchandes, à la réhabilitation du marché à bétail. Or, il faut aussi se demander : qu’est-ce qui vient au marché à bétail ? Il faut travailler sur cela et sur la rentabilité de ces ressources, afin de mieux valoriser ce qui arrive sur le marché. Sinon, il est bon d’investir dans les infrastructures, mais il ne faut pas oublier le produit qui alimente le marché à bétail.À l’endroit des organisateurs, vraiment, mon mot, c’est de voir comment le RECOPA peut rencontrer les membres de la Délégation spéciale, parce qu’il y a des aspects que nous ne maîtrisons pas. Nous venons de plusieurs structures au sein de la Délégation spéciale, mais nous ne sommes pas des techniciens dans tous les domaines. Et comme on l’a vu avec le jeu des neuf points : il faut sortir de son carré pour mieux comprendre l’autre et travailler pour un développement harmonieux. »
Lieutenant colonel des Eaux et Forêts Jean Claude YAMEOGO en service à la direction régionale des eaux et forêts de l’Est affirme :
Tout d’abord, je voudrais dire merci au RECOPA pour l’initiative qu’il a prise. Je dirais que cette formation est la bienvenue, compte tenu du fait qu’elle va beaucoup nous apporter dans nos services. Au cours de cette formation, nous avons appris beaucoup de choses en lien avec la mobilité du bétail. En fait, nous avons découvert l’importance de l’élevage au niveau national. Ensuite, nous avons abordé les différentes crises, les différentes formes de crises liées à la mobilité du bétail. Nous avons également examiné les conflits liés au pastoralisme ainsi que les bonnes pratiques à adopter.Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est le fait que c’est la première fois que je prends conscience de l’importance de la mobilité. En effet, compte tenu du rôle de rumination du bétail, il est impératif qu’il consomme du fourrage pour pouvoir ruminer ; sinon, on risque d’avoir un péril.Pour dire vrai, nous avions auparavant une perception différente de l’élevage par rapport à ce que nous avons appris. Nous voyons désormais que l’élevage est rentable, tant individuellement qu’au niveau national. Il contribue également de manière très significative au PIB national. En ce qui concerne la mobilité, nous avons beaucoup appris et nous devrons changer nos manières de faire à ce sujet. Je dirais que cette formation va profondément transformer notre façon de travailler. Il est impératif pour nous, en tant que service forestier, de revoir nos pratiques et de renforcer la communication entre notre service et les éleveurs. Je pense qu’il faut lever la barrière de peur qui existe entre le service et les éleveurs. Je crois donc que cette formation nous amènera à mener davantage d’actions de sensibilisation et à établir plus de contacts avec les éleveurs au sein de notre structure. Nous disons vraiment que c’est une bonne formation pour nous et nous vous remercions sincèrement pour cela.
Et parlant des droits et devoirs des populations pastorales, à la suite de l’atelier, les participants ont pris l’initiative de faire un geste en faveur de Faso Mêbo, une initiative présidentielle pour le développement endogène et autonome du Burkina Faso. Une cotisation spontanée a été lancée, ce qui a permis de récolter une somme couvrant une demi-tonne de ciment.
Le RECOPA, organisateur de l’atelier, très satisfait de cet engagement patriotique des participants, a salué cette initiative à sa juste valeur et a accompagné les participants en offrant une tonne de ciment supplémentaire. Un geste symbolique pour encourager les acteurs de Faso Mêbo et apporter sa modeste contribution à la construction du Burkina Faso.
L’atelier organisé par le RECOPA dans le cadre du Projet d’Appui au Renforcement de la Cohésion sociale au niveau de Territoires Stratégiques Transfrontaliers (PARCS) bénéficie de l’appui technique et financier de l’Agence Française de Développement (AFD), de Acting For Life (AFL), du Fond International de Développement Agricole (FIDA), du Projet de Mobilité Pastorale transfrontalière apaisée et Stabilité sociale au Sahel ( MOPSS) et du Réseau Billital Maroobè (RBM). A travers cet atelier le RECOPA réaffirme son engagement et sa détermination constante à œuvrer sans relâche pour un pastoralisme adapté, facteur de paix, d’intégration et de cohésion sociale en phase avec l’offensive agropastorale enclenchée par les plus hautes autorités nationales.